15.02.2010

Le Groenland

Le Groenland : une grande puissance mondiale en devenir ?

Edgar Allan Poe avait renommé l'Arctique dans une de ses nouvelles «les remparts du monde». Il n'imaginait pas à quel point il avait raison. Les glaces Arctiques retiennent 10% de l'eau terrestre, ce qui correspondrait à une hausse du niveau de la mer de sept mètres. Bien que sa glace soit bien plus difficile à faire fondre que celle des autres glaciers, si seulement un septième de la banquise devait disparaître, ce qui semble probable d'ici à 2100, alors certaines des parties du monde parmi les plus peuplées finiraient sous l'eau (Londres, Manhattan, la Floride, mais aussi des pays entiers, comme le Bengladesh ou les Maldives).

fonte glace arctique.jpgLes derniers jours de l'Arctique tel que nous le connaissons semblent être arrivés. Depuis 1979, environ 40% des glaces estivales de la mer Arctique ont fondu dans les océans, et ce phénomène s'accélère. Un jour prochain il n'y aura plus rien en été qu'un immense océan au sommet du monde. Les scientifiques les plus alarmistes prédisent que cela arrivera dès 2015, d'autres sont pour 2030, et les quelques uns à être plus optimistes nous laissent jusqu'en 2070.

La principale raison avancée au phénomène de la fonte de la banquise est l'émission des gaz à effet de serre. Or ces gaz sont émis par le monde entier, et les premiers à en pâtir ont été les Inuits.

Depuis deux mille ans les Inuits ont toujours connu deux saisons. L'hiver est la saison de la chasse sur la glace, avec les traîneaux à chiens, et l'été celle de la pêche et de la chasse en bateau. Mais maintenant que l'hiver disparaît peu à peu, et que l'été a complètement changé, le mode de vie des Inuits change également. Depuis les années 1980, les glaces hivernales se reforment de plus en plus tard dans l'année et sont de plus en plus fines, donc fragiles, ce qui ne permet pas d'aller y chasser. Or s'ils ne peuvent chasser, les Inuits ne peuvent se nourrir.

De plus, au fur et à mesure que la banquise se retire, des énergies fossiles qui semblaient être gelées pour toujours deviennent accessibles pour la première fois. Selon la communauté scientifique, ce serait un quart des réserves mondiales de pétrole qui se trouveraient sous la calotte glacière.

Depuis juin 2009, le Groenland s'achemine vers son indépendance vis-à-vis du Danemark. Dès le début des négociations les Groenlandais ont obtenu qu'après leur accession à leur indépendance, toutes les ressources minières se trouvant sous leur sol leur appartiendront de façon souveraine et entière.

À l'heure où la plupart des gouvernements à travers le monde commencent à penser en terme d'ère  «post-pétrolière», dans la mesure où le reste des réserves mondiales de pétrole arrive à épuisement, le gouvernement du Groenland se trouve donc face à un dilemme : leur territoire disparait petit à petit, entraînant la disparition à terme de leur culture. Certains aspects de leur vie telle qu'elle existait depuis deux mille ans ont déjà irrémédiablement disparu. Mais face à ce malheur, une porte de sortie se présente à eux : l'exploitation des réserves de pétrole cachées sous la banquise permettrait largement aux 57.000 habitant du Groenland de faire face au changement radical de leur mode de vie.

aleqa hammond.jpgAleqa Hammond, l'actuelle ministre groenlandaise de la famille et de la justice, et pressentie pour devenir prochainement premier ministre, fait partie de ceux qui considèrent que les Groenlandais doivent avant tout penser à leur survie. Après que le monde entier a laissé la banquise fondre malgré les appels au secours et les avertissements lancés par les scientifiques et les Inuits, ces derniers sont désormais arrivés à un point de non retour. «Nous pouvons rester là à nous désoler sur notre sort», explique Aleqa Hammond, «mais cela ne nous avancera à rien. Donc nous devons penser autrement. Qu'est-ce que le réchauffement climatique peut avoir de bénéfique pour nous ? Bien sûr certains pays ou régions perdront tout, et je suis vraiment désolée pour eux, mais nous ne sommes pas en position de nous préoccuper des autres. Le retrait de la banquise a permis aux Groenlandais de mieux apprécier les richesses qu'ils possèdent. Nous savons qu'il y a du pétrole au Groenland. Vous pouvez le toucher, le sentir. Maintenant, de grandes compagnies pétrolières autour du monde s'y intéressent.»

Le Groenland pourrait-il devenir «le nouveau Dubaï», entraînant le monde dans une nouvelle ère pétrolière ? C'est en tout cas l'intention de certains membres du gouvernement groenlandais qui, comme Aleqa Hammond, pensent que les Groenlandais doivent s'intéresser à leur économie avant tout.

De toute façon, même si les nappes pétrolières existant sous la banquise groenlandaise ne sont pas exploitées par les Groenlandais, d'autres pays chercheront à accéder au pétrole et au gaz cachés sous la glace de l'Arctique. La Russie revendique depuis plusieurs années quasiment la moitié de la banquise au motif qu'il s'agirait de la continuité de son territoire sous la mer. Les Russes sont même allés jusqu'à planter un drapeau en titane sous la banquise, à la façon des Américains sur la Lune.

Et les Groenlandais entendent bien ne pas être exclus de la «fête» après que le reste du monde aiurajoyeusement entrepris de faire disparaître leur pays et leur mode de vie.

fonte glacier arctique 2.jpgIl semblerait que le monde doive faire face à une voix qui prêche un discours bien différent de celui de l'ère «post-pétrolière». Cette fois, les Groenlandais ne se laisseront pas faire par le reste du monde, quitte à tous nous entraîner plus loin dans le réchauffement climatique et dans une nouvelle ère pétrolière. Car après l'échec du sommet de Copenhague de l'hiver dernier, les gouvernements accepteront-ils de voir la menace en face et de prendre les mesures qui s'imposent pour assurer la survie de leurs territoires ? Rien n'est moins sûr, particulièrement lorsque l'on voit l'acharnement que mettent les pays riverains de l'Arctique à vouloir faire main basse sur les richesses encore jalousement gardées par la banquise.

Chloé Chateau

10.02.2010

Arts de l'Islam, l'interview d'Aurélie Clemente Ruiz

 

affiche arts de l'islam.jpgPlus qu'un mois pour découvrir la magnifique exposition "Arts de l'Islam" à l'Institut du Monde Arabe à Paris.

471 œuvres, soigneusement choisies dans la collection du mécène Nasser David Khalili, donnent une vision globale sur les arts de l'Islam, du VIIe au début du Xxe siècle, en allant de l'Espagne à la Chine.

Transcender les territoires et les religions, c'est le souhait de Nasser Khalili. Pour lui, l'art permet de lutter contre la véritable arme de destruction massive qu'est l'ignorance.

Comme l'explique Aurélie Clemente Ruiz au micro de Chloé Chateau, cette exposition permet de jeter un pont entre les cultures.

 




podcast

Rapprocher les civilisations grâce à la culture, c'est donc ce que l'exposition « Arts de l'Islam » essaie de faire jusqu'au 14 mars.

Pour ceux qui voudraient en voir un aperçu, il est possible de consulter les clichés d'un ensemble d'oeuvres choisies dans la collection privée de Nasser Khalili sur son site Internet (en Anglais) : www.khalili.org

 

L'interview d'Aurélie Clemente Ruiz dans son entièreté :


podcast

 

09.02.2010

Traduction de presse

Traduction de presse anglophone.

 

Des journaux à scandale mordent à l'hameçon d'infos croustillantes... bidons !

Les rédactions de trois journaux à scandales britanniques ont été filmées à leur insu lors de réunions au cours desquelles les journalistes pensaient avoir accès à des informations médicales confidentielles concernant des célébrités qui auraient prétendûment eu recours à la chirurgie esthétique.

Le Sunday Mirror, News of the World et People se sont fait épingler après avoir été infiltrés par un documentariste. Ce dernier prétendait avoir comme contact une assistante médicale travaillant dans ce qui s'est avéré être une fausse clinique de chirurgie esthétique.

Les tabloïds se voyaient offrir la chance d'obtenir des informations confidentielles sur de prestigieux clients de cette clinique parmi lesquels Hugh Grant, Gemma Aterton, Rhys Ifans et Ricky Gervais. Il n'existe pas de preuves permettant d'affirmer qu'aucune de ces personnes ait réellement eu recours à la chirurgie esthétique. Le réalisateur du documentaire, Chris Atkins, a dit avoir monté ce canular pour tester les journaux et voir "jusqu'où les journalistes à scandales étaient prêts à aller" dans la chasse à l'information juteuse.

La réaction des trois journaux à scandales ne se fit pas attendre : les journalistes envoyés pour rencontrer "l'informateur" se montrèerent intéressés, certains restant méfiants, et d'autres allant jusqu'à lui proposer 3.500€ par article publié et lui demander de charger l'assistante médicale d'obtenir "tout document sur quelque sujet que ce soit" disponible à la clinique.

Un quatrième journal, le Sunday Express, refusa de rencontrer Chris Atkins, lui répondant que sa proposition allait à l'encontre du Code de la Commission des Plaintes de Presse, pouvant être jugée illégale et constituant une "violation flagrante de l'éthique".

Le documentaire, Starsuckers (littéralement "suceurs de moelle de célébrités"), sera présenté ce mois-ci au London Film Festival, avant d'être diffusé dans des cinémas indépendants dans tout le pays.

Le Guardian en propose des extraits en avant-première sur son site, parmi lesquels des passages où l'on voit Chris Atkins passer des coups de fil aux quatre journaux cités plus haut. Lors de ces appels, il prétend que son ancienne petite-amie est assistante médicale et qu'elle lui a demandé de se "renseigner discrètement" afin de savoir si elle ne pourrait pas vendre des informations que ses employeurs détenaient à propos de célébrités.

05.02.2010

Les sans papiers à Bercy

« On veut profiter des allocations pour lesquelles on cotise ! »

régularisation.jpg

C'était, hier après-midi, le cri des sans papiers qui manifestaient jusqu'à Bercy pour dénoncer l'injustice de leur situation.

sans_4.jpgBien que participant à l'économie française en travaillant et payant taxes et impôts, ils n'ont droit à aucune allocation sociale.

Une délégation était reçue au ministère des Finances pour exposer les revendications des 700 manifestants selon la police, 2000 selon les organisateurs.

Chloé Chateau a recueilli des réactions sur place.


podcast

27.01.2010

Revue de presse du 27/01/10

Forum de Davos :

 

Le président Sarkozy prononcera à 18h le discours d'ouverture du 40e Forum économique mondial de Davos. C'est la première fois qu'un dirigeant français s'exprime à ce sommet qui réunit 2.500 dirigeants politiques et économiques de 90 pays. Nicolas Sarkozy prononcera un discours sur les dérives du capitalisme. Le président Obama, quant à lui, souhaite faire adopter des décisions visant à limiter la taille et les activités spéculatives des banques. Il veut mettre fin aux excès ayant mené à la crise.

 

Discours sur l'état de l'Union :

 

Le chef de la Maison Blanche prononcera ce soir son premier discours sur l'état de l'Union devant le congrès. Très attendue, cette intervention sera sûrement décisive pour regagner la confiance de ses électeurs. Les démocrates ont en effet perdu leur majorité au sénat la semaine dernière, avec l'élection du républicain Scott Brown. Le président américain doit donc convaincre sur les thèmes des salaires administratifs, des banques et de la santé.

 

Burqa en France :

 

Une interdiction dans les services publics mais pas de prohibition totale : c'est ce que préconise le rapport final de la commission Gerin. Un rapport qui provoque des dissensions au sein même de l'UMP. Deux députés de la majorité se sont violemment affrontés après que l'un deux ait contesté la validité du vote, emporté à sept voix contre seulement six : la loi semble acquise pour tout le monde, mais son périmètre d'action continue de faire débat.

 

Aubry et le chômage :

 

Le bureau national du PS a voté à l'unanimité pour le maintien à 60 ans de l'âge de la retraite. Le 17 janvier, Martine Aubry avait déclaré que l'âge de la retraite devait passer à 61 ou 62 ans. Elle semble cependant s'être rangée à la position officielle. S'expliquant sur le plateau de TF1, elle a déclaré que le départ à 60 ans doit rester un droit mais que la réalité aujourd'hui, c'est que beaucoup de Français partent à 61 ou 62 ans. Parmi les grandes orientations que le PS défendra dans le débat des retraites il y aura notamment la sauvegarde du système par répartition.

 

Grève SNCF :

 

La SNCF prévoit une nouvelle grève pour le mercredi 3 février. La CGT, l'UNSA, Sud-rail et la CFDT ont lancé un appel aux cheminots à faire grève du mardi 2 février à 20h au jeudi 4 février à 8h. Le but est d'interpeller la direction et le gouvernement sur l'emploi, la restructuration de l'entreprise et l'avenir du frêt. La direction de la sncf a en effet confirmé la suppression de 3.600 emplois en 2010. Les syndicats ont annoncé que sans réponses concrètes, un nouvel appel sera lancé pour le 4 février. Il s'agira alors d'organiser une action de mobilisation d'un niveau encore plus élevé.

 

Tim Burton à Cannes :

 

C'est Tim Burton qui présidera le jury du prochain festival de Cannes. À 51 ans, le réalisateur américain d'Edward aux mains d'argent succède à Isabelle Adjani. Le festival aura lieu du 12 au 23 mai. Connu pour son univers poétique et macabre, l'auteur de Sleepy Hollow et de Sweeney Todd dit se réjouir de vivre un rêve devenu réalité. C'est la première fois qu'un réalisateur tiré de l'animation présidera ce jury.

 

Tsonga en demi-finales :

 

Open d'Australie : Jo-Wilfried Tsonga s'est qualifié pour les demi-finales à Melbourne en début d'après-midi. Le Français a battu le numéro trois mondial Novak Djokovic en cinq sets : 7-6, 6-7, 1-6, 6-3, 6-1. Il jouera pour sa place en finale face au numéro 1 mondial Roger Federer.

 

Chloé Chateau

26.01.2010

De la religion et des femmes

Le texte original : Religion and women, par Nicholas D. Kristof, sur le site du New York Times (extraits).

 

De la religion et des femmes.

Les religions tirent leur pouvoir et leur popularité de l'éventail éthique qu'elles offrent. Mais alors, comment se fait-il qu'autant de dogmes aident à perpétuer l'oppression des femmes, que la plupart d'entre nous considèrons pourtant comme profondément inacceptable du point de vue éthique ?

Certes, les chefs de guerre congolais ne citent pas les saintes Écritures pour justifier leurs viols en séries (bien que le dernier « seigneur de guerre » que j'aie rencontré se soit autoproclamé pasteur et porte un badge le désignant comme faisant partie des « rebelles pour le Christ »). Ce n'est pas non plus pour respecter un rite hindou que les épouses sont brûlées en Inde. Et aucun verset coranique n'apprend aux voyous afghans à jeter de l'acide au visage des filles osant se rendre à l'école.

Et pourtant ce genre d'abus – tout comme d'autres injustices plus banales, comme de mettre une claque à sa petite-amie ou de moins payer les femmes à travail égal – ont lieu dans un contexte social qui considère souvent les femmes comme des citoyennes de seconde classe. Ce contexte, les religions ont aidé à le former et ne cherchent pas vraiment à le changer.

« Beaucoup de religions empêchent les femmes de jouer un vrai rôle, égal à celui des hommes, en créant un environnement dans lequel les violations des femmes sont justifiées », notait l'ancien président américain Jimmy Carter le mois dernier, dans un discours devant le Parlement Mondial des Religions en Australie.

« La croyance selon laquelle les femmes sont des êtres humains inférieurs aux yeux de Dieu donne une excuse au mari violent qui bat son épouse, au soldat qui viole une femme, à l'employeur qui utilise une échelle de salaire discriminatoire envers ses salariées féminines, ou aux parents qui décident d'avorter en apprenant qu'ils attendent une fille », a continué Mr Carter.

Jimmy Carter, qui voit la religion comme une des « causes de base de la violation des droits de la femme » est membre des « Elders » (les Aînés), un conseil restreint de dirigeants à la retraite rassemblés par Nelson Mandela. « The Elders » se concentrent sur le rôle de la religion dans l'oppression des femmes, et ils ont émis une déclaration commune à l'attention des principaux dirigeants religieux pour leur « faire changer toute pratique discriminatoire au sein de leurs religions et traditions ».

« The Elders » ne sont ni des non-croyants, ni des fauteurs de trouble : l'archevêque Desmond Tutu en fait partie et le groupe commence ses réunions par un moment de prière silencieuse.

« 'The Elders' n'attaquent pas la religion en tant que telle », notait Mary Robinson, ancienne présidente de l'Irlande et Haut-Commissaire aux Nations Unies pour les droits de l'Homme. Mais « nous sommes tous d'accord pour affirmer que s'il y a un enjeu essentiel pour les femmes, c'est la façon dont la religion peut être manipulée pour les soumettre ».

Il y a bien sûr beaucoup d'éléments sur lesquels se baser, à la fois dans le Coran et la Bible, pour ceux qui cherchent à étayer leur théologie de la discrimination.

Le Nouveau Testament cite saint Paul dans le livre de Timothée (I, 2) affirmant que les femmes « doivent se taire ». Le Deutéronome déclare que si une femme ne saigne pas lors de sa nuit de noces, « les hommes de sa ville devront la lapider à mort ». Une prière juive orthodoxe remercie Dieu, « qui ne m'a pas fait femme ». Le Coran stipule qu'une femme devra hériter moins qu'un homme et que son témoignage compte pour la moitié de celui d'un homme.

En toute honnêteté, beaucoup d'érudits pensent que saint Paul n'a pas réellement écrit les passages demandant aux femmes de rester silencieuses. Et l'Islam était à ses début progressiste pour les femmes, socialement parlant – l'infanticide sur les filles était interdit et la polygamie limitée – mais n'a pas continué son avancée.

Mais les dirigeants religieux sanctifient les structures sociales existantes, au lieu de se prononcer en faveur de la justice. En Afrique, cela pourrait énormément aider que les figures religieuses parlent en faveur des veuves, privées du droit de vote à cause de traditions injustes, ou bien pour les victimes de viols, ou les jeunes filles faisant face, à l'école, aux exigences sexuelles de leurs professeurs. Au lieu de cela, en Ouganda, l'influence des chrétiens conservateurs est subie à l'extrême de façon grotesque pour pousser à l'exécution des homosexuels.

Cependant, paradoxalement, les églises d'Afrique qui en ont le plus fait pour donner du pouvoir aux femmes, sont celles qui sont dirigées par les courants évangélique et pentecôtiste. Les Pentecôtistes, en particulier, encouragent les femmes à prendre des rôles prédominants, et pour beaucoup de femmes il s'agit de la première fois qu'on leur confère une telle autorité, et que l'on respecte ainsi leur opinion. En Afrique rurale, les églises pentecôtistes deviennent une force significative de l'émancipation des femmes.

C'est une lueur d'espoir qui nous rappelle que bien que la religion soit une part du problème, elle peut aussi être un facteur de solution. Le Dalaï Lama a sauté le pas et s'est autoproclamé féministe.

Un autre excellent précédent est l'esclavage : toutes les religions du Livre ont accepté l'esclavage. Mohammed avait des esclaves, et saint Paul semble avoir toléré cette pratique. Et pourtant les pionniers de l'abolition étaient des Quakers et des Évangélistes comme William Wilberforce. Les gens de foi ont finalement travaillé férocement au rejet d'une institution oppressive que les églises avaient auparavant tolérée.

De nos jours, quand les institutions religieuses excluent les femmes de leurs hiérarchie et rituels, l'inévitable conséquence est que les femmes sont inférieures aux hommes. « The Elders » ont raison de dire que les groupes religieux devraient s'accorder à défendre un principe éthique simple : les droits humains de tout un chacun sont sacrés, et ne dépendent pas de quelque chose d'aussi terre-à-terre que ses organes génitaux.

23.01.2010

NKM perd le soutien des geeks

Le blog du Master Pro de Journalisme de la Sorbonne Nouvelle.

nkm.jpgL’information n’est encore relayée que via Twitter et les blogs. Nathalie Kosciusko-Morizet, présente mercredi soir au lancement de « Tweest », un outil de veille politique sur Twitter lancé conjointement par Le Post et la Netscouade, s’est faite chahuter par une salle remplie d’Internautes et de journalistes.

NKM, connue pour sa participation active sur le site de Twitter, qui lui permet de soigner son image de geek branchée, a été prise à partie par les internautes présents dans la salle lors du débat qui a eu lieu sur l’utilisation que font les politiques de Twitter après la présentation du produit.

Depuis quelques jours de nombreux membres de la communauté twittophile française avaient demandé à la ministre de se positionner sur la loi LOPPSI II (Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure).

Cette loi fait suite à la première loi LOPSI (Loi d’Orientation pour la Performance de la Sécurité Intérieure) de 2003 et à la loi Hadopi. Ses objectifs sont « au nombre de trois : anticiper les évolutions de la délinquance, car un ministère moderne n’agit pas le nez dans le guidon ; augmenter les moyens de la police technique et scientifique ; disposer d’un éventail de moyens correspondant aux différents cas de figure sur le terrain. » (Michèle Alliot-Marie).

Sur une page de questions/réponses, le site du gouvernement définit les moyens mis en place pour lutter contre la cybercriminalité dans la loi LOPPSI II : « Les sites et contenus à caractère pédopornographique seront bloqués : le ministère de l’Intérieur diffusera une liste noire des sites et des contenus concernés aux fournisseurs d’accès à Internet, qui en empêcheront l’accès depuis tout ordinateur situé en France. L’usurpation d’identité sur Internet sera désormais condamnable, même s’il n’y a pas de préjudice financier. »

Bien sûr ces nouvelles techniques avaient permis le fameux coup de filet de mai 2009 qui avait mis derrière les barreaux les membres d’un réseau pédopornographique. Cependant ce qui gêne, dans cette loi, c’est l’utilisation de mouchards, des « logiciels espions exploités par l’Etat qui laissent craindre des dérapages sur la confidentialité de la vie privée. »

Jusque là bien silencieuse, NKM s’est retrouvée forcée de s’expliquer sur les raisons qui l’ont poussée à ignorer la voix du peuple. Acculée, elle a finalement admis être en faveur de la loi : « répondant d’abord assez vaguement, un journaliste l’a interpellée : « Donc vous êtes pour ou contre ? – Bien sûr que je soutiens ce projet de loi », a-t-elle fini par lâcher, comme le rapporte Electron Libre. »

Pour se justifier de ce « coming out pro LOPPSI » (c’est ainsi que Sylvain Lapoix a renommé cette soirée), elle a utilisé une technique sarkozyste bien connue : se défendant maladroitement grâce à ce monstre qu’est la pédopornographie, redéfinie comme le « point Godwin quand on parle d’Internet » par un Internaute dans la salle, elle a assuré que le filtrage se limiterait à une liste noire de sites pédopornographiques fournie par le gouvernement aux fournisseurs Internet.

Bien sûr, elle n’a fait que suivre la ligne imposée par le gouvernement, mais pour la popularité d’une des ministres les plus appréciées du monde internaute, il s’agit d’une défaite cuisante.

Chloé Chateau

19.01.2010

Société / Spectateurs de la valse de l'actualité

On est samedi, il est 18h, et il y a la queue devant le studio d'enregistrement de l'émission "Revu et Corrigé", présentée par Paul Amar. Ce sont les futurs membres du public qui fument pour la plupart leur dernière cigarette en attendant d'entrer.

Ils ont bien raison d'en profiter : dans quelques minutes ils seront assis sans plus pouvoir bouger, parler, boire ou bien sûr s'adonner à toute autre forme de vice, et ce, pendant près de trois heures.

Après avoir laissé ses affaires au vestiaire, il faut passer le détecteur de métaux. On entend les "bip" à l'approche des bracelets, des boutons métalliques... Même les décolletés sont inspectés : "tu sais pourquoi je passe là ?", demande le vigile ? Euh, parce que tu es un peu pervers ? "Parce que les filles, parfois, elles cachent leur portable dans leur soutien-gorge pour pouvoir prendre des photos ou filmer pendant l'émission." Ah. C'est tout de suite plus politiquement correct. Quant à savoir si c'est plus convaincant...

Une fois à l'intérieur, les derniers arrivés se rendent compte qu'il n'y a même plus une bouteille d'eau de disponible. Mais l'attention est vite captée par les assistants de production, qui remercient tout le monde pour leur présence, et rappellent de contacter l'agence de casting pour récupérer les deux places de spectacle offerte en échange de la présence sur le plateau, après l'émission.

C'est ensuite la ruée vers l'entrée du studio à proprement parler : tout le monde veut être bien placé, et surtout rester avec ses petits camarades - que ce soit parmi les plus jeunes ou bien les plus âgés.

Les assistants de production, qui s'occupent aussi de placer le public, commencent à paniquer un peu, même s'ils le cachent bien : "L'émission va bientôt commencer, et vous êtes plus que prévu, on veut quand même essayer de caser tout le monde pour que vous ne soyez pas venus pour rien, alors on vous demande d'être coopératif, s'il-vous-plaît. Il y en a qui vont devoir se séparer, et d'autres vont devoir sacrifier un peu de leur confort, notamment les plus jeunes, pour que... les autres, puissent être installés comme il faut et que tout le monde rentre."

Le public est placé tout autour du plateau circulaire. Ceux, ou plutôt celles qui sont placées à proximité des deux grands écrans destinés à diffuser les reportages sont soigneusement choisies... et briefées : "vous serez devant les écrans, donc filmées souvent, faites bien attention à bouger au minimum et à ne rien faire qui soit limite, comme vous décrotter le nez, ou bailler, parce que je vous rappelle que l'émission est filmée en direct".

Finalement, tout le monde se serre un peu, et le compte à rebours est lancé pour le début de l'émission. Dans la frénésie des dernières minutes, on n'a même pas eu le temps de s'apercevoir que le présentateur et ses deux premiers invités étaient entrés sur le plateau. Paul Amar a encore des mouchoirs autour du cou pour les derniers raccords maquillage, et « cinq, quatre, trois, deux, un », l'émission commence.
Sur le plateau vont se succéder Eric Raoult et Jean-Luc Mélenchon, pour discuter des résultats de la mi-mandat de Sarkozy, de la polémique autour de Marie N'Diaye et de Charles Pasqua, puis Emmanuelle B. et Laurence, sa compagne, qui viennent de recevoir l'autorisation d'adopter un enfant. Elles sont accompagnées par leur avocate, Caroline Mécary. Elles seront ensuite remplacées par le docteur Rony Brauman, pour discuter de la nécessité de se faire vacciner contre la grippe A, puis André Bambeski, le père de Kalinka. Gérard Darmon clôt la valse des invités pour faire la promotion de son dernier album.

Lorsque l'émission s'achève, le public se disperse en quelques minutes. Pas d'applaudissements de tout l'enregistrement, il n'y a eu aucune sollicitation. Les seules réactions sont celles que l'on voit durant les courts reportages diffusés, où l'on sent les commentaires partagés, et celles qui sont faites à la sortie. On sent comme un soupir de soulagement de pouvoir enfin bouger et parler librement à nouveau, et les langues se délient : « c'était super intéressant, vraiment bien du point de vue de l'étude de l'actualité », commente un groupe d'étudiants d'un Master parisien de journalisme une fois sortis dehors, « mais un peu fatigant, quand même », avouent-ils, la cigarette à la main.

Chloé Chateau

Le public parisien réagit au séisme d'Haiti

 

Haiti Presidential Palace Destroyed.jpg

Jean-Paul, 64, Retired climate engineer.

"I did not give any money yet, I usually give after the events, for the rebuilding. A lot of people give right away and then, they don't know what to do with all the money."

"I am not shocked by the images, it is always the same, we've been used to it by the media, but I think that to really see what happens, we have to go there."

"If France is doing enough ? Ah ah ! This actually deeply bothers me. I think the French media are doing enough, yes. The problem is that they won't let the people go even to Guadelupe because of the immigration problem. So they try to cure people over there, even though they may not have enough to do it. And you also have to relativize the effort that has to be done to serve people in these conditions."

David, 23, Glass repairer.

"I did not give money, I do not have enough for myself."

"I am shocked by the hard images. Especially by what happened. But France is probably doing enough. They wanted their independance, if they were still French, France would have to do more, but it is not the case. Maybe what is left to do now, is to evacuate women and children, to let the men rebuild the country."

Ladmiya, 41, Housekeeper.

"I cannot give money. I have a low salary and actually I did not meet anyone who asked me for some, in the street, for example."

"The images were shocking, especially all these people abandoned and without any grave. I understand there are other emergencies to deal with, like pillaging, but still..."

"I think France has been doing enough. Except on the financial side, maybe. Look at what they did for the banks. They could give away more money, probably. But I guess they sent enough people."

Hassem, 29, Cinema manager.

"I give money every month to CARE."

"What is shocking is that they don't warn us on television, the kids see all the images."

"France has sent enough, yes."

Brigitte, 70, Retired English teacher.

"I haven't given any money yet. But I often give to charity."

"Some of the images made my grand-niece cry. Images are mostly shocking for children."

"It's hard to know what exactly is done, but I guess France is doing enough. The important is to send food, water and means, more that money."

14.01.2010

Délinquance et dépendance : un spectacle, la nuit.

Il est deux heures du matin. Cette nuit, le ciel est noir. Les rues sont sombres malgré la lumière blafarde de la rue de Rivoli toute proche. Deux jeunes, d'une vingtaine d'années, sont occupés à coller des affiches sur un des murs du BHV, où il est clairement indiqué que cela est interdit. En s'approchant, on peut mieux lire les appels à monter au piquet de grève. Mais les deux colleurs d'affiches nocturnes n'apprécient pas que l'on s'approche trop près d'eux. Ils sont prudents et silencieux – les seuls bruits que l'on entend sont ceux des pinceaux.

Jusqu'à ce que quatre jeunes filles arrivent en riant, ne se souciant visiblement pas de l'heure qu'il est. « Mais on va jamais trouver de clopes à cette heure-là, on aurait mieux fait d'en prendre au bas là-bas, même si elles étaient trop chères ! », crie une jolie blonde dont les cheveux débordent de son bonnet violet, d'une façon que l'on pourrait penser originale. « Oui, mais maintenant qu'on est parties, on ne va pas y retourner, on aurait l'air ridicule », répond une grande brune aux cheveux longs.

Les deux grévistes se sont retournés à leur bruyante approche. Mais leurs regards ne s'attardent pas trop longtemps sur les jupes courtes qui accompagnent ces quatre paires de talons hauts claquant dans la nuit. Un dernier coup de pinceau et ils disparaissent rue de Rivoli.

La demoiselle au bonnet violet en profite pour traverser la rue, histoire de jeter un œil aux affiches. Comme elle met visiblement un peu trop de temps à revenir au goût de ses amies, une petite blonde se met en tête de la ramener de leur côté de la chaussée. En l'appelant par son prénom elle s'élance vers le bitume, mais ne calcule pas bien la hauteur du trottoir. Sa cheville se tord violemment et elle s'écroule sur elle-même, en lâchant un petit cri. C'est au tour du bonnet violet d'accourir, et les deux autres se précipitent aussi pour la secourir. Ce soir, c'est en donnant le bras à leur amie, mais sans cigarettes, qu'elles rentreront dans leur antre en s'éloignant de la rue de Rivoli.

Chloé Chateau